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2004

 

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20 OCTOBRE 2004
Jeunes musiciens du monde

Du pain, de l’eau et de la musique

Après s’être établi en Inde et à Québec, Jeunes musiciens du monde ouvre, à Montréal, une école de musique traditionnelle pour les jeunes des quartiers populaires. Un pied de nez à l’inertie des gouvernements envers la musique.

Déjà deux écoles ont été fondées par Jeunes musiciens du monde (JMDM), un organisme de bienfaisance qui a pour mission d’établir et de gérer des écoles de musique traditionnelle entièrement gratuites pour les jeunes des quartiers populaires d’ici et d’ailleurs. C’est en 2002, à Kalkeri, en Inde, que l’aventure débutait, alors que la première école voyait le jour. Un an plus tard, une deuxième école ouvrait ses portes dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, ville d’origine de Mathieu et de Blaise Fortier, cofondateurs de l’organisme avec le maître sitariste indien Hameed Khan et Agathe Meurisse-Fortier, la femme de Mathieu.

FINANCEMENT NÉCESSAIRE

Favoriser le plein épanouissement des jeunes par la musique et contribuer à la pérennité des patrimoines musicaux traditionnels, tels sont les motivations profondes de Jeunes musiciens du monde. Mais pour mener à bien ces engagements et assurer la gratuité des cours pour les jeunes, l’organisme compte sur le soutien de la population. Ainsi, Jeunes musiciens du monde demande votre appui afin que se concrétise le projet d’une troisième institution, à Montréal, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, l’École de musique traditionnelle La Bolduc, qui sera située dans le Pavillon d’éducation communautaire, l’édifice où loge CIBL. Un projet-pilote sera lancé dès le mois de novembre.

Lors de la soirée-bénéfice tenue à Québec l’an dernier, Jim Corcoran déclarait: « L’humain aura toujours besoin d’eau, de pain et de musique. » Ces mots eurent un grand écho et les JMDM en firent en quelque sorte leur leitmotiv en les immortalisant sur leur site Web. Aussi, les gens présents à la soirée-bénéfice, qui se tiendra pour la première fois à Montréal vendredi au Metropolis, en auront pour leur argent, alors que le spectacle, animé par Yves Lambert, ex-membre fondateur de La Bottine souriante, regroupera une panoplie d’artistes, dont Ariane Moffatt, Éloi Painchaud, Carl Bastien, Les Batinses, Colectivo, Diouf, Orioxy, Gurpreet Chana, Jag Jit Singh, Guy Bernier, Florent Vollant, Marc Déry et Stefie Shock, qui agira à titre de DJ de la soirée. La plupart de ces artistes étaient présents à Québec la semaine dernière, envoûtant tour à tour la salle de rythmes traditionnels indiens, sénégalais ou québécois, pour le plus grand bonheur des jeunes et des moins jeunes.

La chanteuse Ariane Moffatt, qui répétera l’expérience à Montréal, ne s’est pas fait tirer l’oreille avant d’accepter l’invitation. « Au départ, ce projet rassemblait trois de mes passions: la musique, les enfants et l’Inde. Tous les artistes qui s’engagent dans cette cause savent de par leur vécu à quel point la musique peut aider au développement humain et à passer à travers les moments difficiles. Permettre aux jeunes d’avoir la musique comme outil est la plus belle façon de favoriser leur épanouissement. »

La chanteuse assure qu’elle ne fait pas acte d’abnégation, qu’elle ne participe pas à ce type de soirée par pure charité. « C’est enrichissant pour tous. Ça m’a fait du bien de sentir autant d’humanisme, de mélange de cultures. J’ai vécu une grande expérience en jouant Across the Universe des Beatles avec deux joueurs de tabla indiens. On voit à quel point la musique rassemble et libère. »

LA MUSIQUE QUI UNIT LE MONDE

L’Inde. Ce n’est peut-être pas un hasard si c’est cette terre aux mille cultures qui a vu naître Jeunes musiciens du monde. Au début des années 1990, Mathieu Fortier s’y rendra pour un périple qui durera presque deux ans. Envoûté par la culture indienne et sa musique, mais ébranlé par les conditions d’existence souvent difficiles qui sont le lot de nombreux enfants, Mathieu choisira de prendre racine sur cette terre et d’y vivre la plus grande partie de l’année, après y avoir rencontré sa femme, Agathe Meurisse-Fortier, Française d’origine, qui participera à la fondation de l’école de Kalkeri. Cette dernière loge et nourrit 10 mois par an 50 jeunes âgés de 8 à 18 ans issus de groupes ethniques et religieux différents. En plus de profiter d’un cursus scolaire très varié, les jeunes Indiens y pratiquent le yoga et apprennent à jouer du tabla et de l’harmonium, deux instruments traditionnels indiens.

La richesse culturelle qu’ils ont rencontrée en Inde, où cohabitent des centaines de communautés ethniques et linguistiques différentes, a convaincu Mathieu et les autres fondateurs de JMDM du pouvoir rassembleur de l’art et de la musique. Aussi ont-ils voulu implanter cette philosophie chez eux, au Québec, avant, peut-être, de s’établir en Afrique ou en Amérique du Sud.

Fondée l’an dernier, L’École des musiques traditionnelles de Saint-Sauveur, un quartier populaire de Québec, a connu un vif succès selon Mathieu. Quelque 50 jeunes de 4 à 16 ans y ont suivi, à raison de 2 soirs par semaine, des cours de chant, de flûte irlandaise, de violon, de guitare, de djembe et de piano, sous la coordination de François Gérardin et de SophiePomerleau. « Ce qui est intéressant, c’est que les 50 jeunes qui ont terminé l’année dernière seront de retour cette année. Il n’y a pas de décrochage dans nos écoles. Notre approche n’est pas axée sur la compétition ou la performance. La musique donne aux jeunes une nouvelle identité, et tout le monde est là pour avoir du plaisir. Notre philosophie est que chaque enfant a la musique à l’intérieur de lui », dit Mathieu. Cet été, les jeunes ont aussi pu profiter de deux camps d’été de cinq jours en forêt, organisés par l’École, en plus d’avoir chanté à la radio communautaire.

« À Jeunes musiciens du monde, on met l’accent sur le cheminement propre à chaque enfant, en commençant par des séances d’éveil musical où les plus jeunes apprennent à maîtriser les sons et les rythmes en frappant sur des boîtes de conserve ou simplement à taper des mains. Je ne pensais pas que tant de jeunes en avaient besoin. Tout ce que l’on demande, c’est une petite contribution pour faire vivre ce projet », confie pour sa part Blaise Fortier, qui travaille bénévolement six mois par an à l’école de Kalkeri et qui s’est vu remettre le prix Dollard-Morin du bénévole de l’année au Québec.

AU TOUR DE MONTRÉAL

Fiers de leurs accomplissements en Inde et à Québec, les frères Fortier entendent bien susciter le même enthousiasme à Montréal avec l’implantation d’une troisième école. Quelque 35 jeunes fréquenteront l’École de musique traditionnelle La Bolduc dès le mois de novembre, dans le cadre d’un projet-pilote. On y offrira au départ des cours de chant et des ateliers de contes et de danse. « Chaque semaine, des musiciens du milieu traditionnel de Montréal se rendront à l’école donner un atelier. Parmi eux, il y a Pierre Chartrand, un spécialiste de la gigue, Michel Faubert, qui apprendra aux jeunes l’art de la chanson à répondre, et plusieurs autres », expliquent Blaise et Mathieu. L’École accueillera les jeunes tous les mercredis de novembre et de décembre, pour commencer.

« On a tenu nos promesses et une autre école a bien fonctionné toute l’année dernière à Québec. Cette année, au lieu de se payer des salaires, on a décidé de fonder une autre école. La soirée-bénéfice a été un grand succès la semaine dernière à Québec. Ce fut une soirée de musique exceptionnelle. Ça a donné lieu à de belles rencontres de musiciens de plusieurs horizons, qui ont fait la preuve que la musique est un langage universel. On espère que les gens de Montréal répondront à leur tour », conclut Mathieu.

Soirée-bénéfice au profit de Jeunes musiciens du monde
Au Metropolis, le jeudi 28 octobre, de 19 h 30 à 3 h.

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