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2011

 

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Jeunes musiciens du monde

Un monde idéal

antoine-leveillee-a-small par ANTOINE LÉVEILLÉE / 24 NOVEMBRE 2011

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L’organisme Jeunes musiciens du monde est en croissance et garde le cap depuis 10 ans. Parfois la musique peut changer le monde et les jeunes des quartiers populaires semblent lui donner raison.

Il y a de cela 10 ans, Jeunes musiciens du monde voyait le jour et ses deux fondateurs, Mathieu et Blaise Fortier, ouvraient une première école de musique en Inde, à Dharwad. Aujourd’hui, cette idée a fait du chemin, et l’organisme a fondé trois autres écoles au Québec: l’une au Patro Laval à Québec, une autre dans Hochelaga-Maisonneuve à Montréal et la toute dernière dans la communauté algonquine-anicinape de Kitcisakik en Abitibi-Témiscamingue. Tout ça sans compter l’organisme Famille Espoir, qui a décidé de se joindre à Jeunes musiciens du monde en empruntant son concept pédagogique pour ouvrir une école à Sherbrooke dans l’ancienne municipalité d’Ascot en janvier 2011.

Au-delà de la musique, toutes ces écoles partagent une même vocation, celle d’offrir à des jeunes qui vivent dans des milieux « populaires » la possibilité d’avoir accès à une activité parallèle de qualité. Une forme d’éveil musical pour combler certains vides dans leur quotidien, tant sur le plan social que scolaire. « On veut faire le pont entre la musique et leur milieu, leur proposer un contexte où ils ne seront pas jugés, nous explique Mathieu Fortier. Nos professeurs en musique sont des passionnés, et des intervenants sociaux comme Caroline (Hamelin, coordonnatrice du programme social à l’école de Québec) sont là pour accompagner ces jeunes et être à leur écoute. Tout ça, c’est pour favoriser leur développement. »

« Dans chaque région, il y a des défis particuliers qui s’imposent, ajoute-t-il. À Montréal, c’est la lutte contre le décrochage. À Sherbrooke, c’est un quartier où l’on trouve beaucoup de nouveaux arrivants, alors l’organisme se concentre sur l’intégration des jeunes à l’école. Et à Kitcisakik, le but premier est de redonner une fierté à ces jeunes autochtones qui vivent dans une communauté défavorisée. »

L’auteure-compositrice-interprète Chantal Archambault est d’ailleurs directrice de Jeunes musiciens du monde à Kitcisakik et y travaille depuis 2010. Formée en psychoéducation, elle nous explique le défi de taille qu’elle relève chaque semaine. « Cette communauté n’a pas l’électricité ni l’eau courante, ce sont des conditions de vie très difficiles. Depuis 2005, il y a maintenant une école primaire et les enfants n’ont plus à quitter la maison pendant une semaine pour aller à l’école à l’extérieur. On accompagne cette nouvelle école en offrant un programme d’activités musicales, et moi je m’attarde au développement personnel de ces jeunes qui vivent parfois avec des blessures profondes. Ils sont exposés à la violence, à la consommation (alcool, drogue)et à une certaine négligence familiale. On pourrait dire qu’ils sont en processus de guérison et qu’ils gardent la tête hors de l’eau. »

La musique dans tout ça vient donc donner une forme de répit aux jeunes et contribue aussi au tissu social et à la vie de la communauté lorsque des concerts sont organisés au courant de l’année scolaire. Dans le cas de Kitcisakik, la musique autochtone se greffe au programme et les jeunes renouent ainsi avec une culture identitaire de plus en plus oubliée.

« On ajoute aussi un volet culturel, indique Chantal Archambault, par exemple une excursion dans le bois où les enfants vont confectionner un tambour autochtone. Il y a même des séances de yoga qui nous aident à gérer certains problèmes comportementaux. Ce sont des exercices qui nous permettent de les désamorcer et de faire en sorte que les jeunes soient disposés à recevoir un enseignement. »

Or, la mission sociale de Jeunes musiciens du monde coûte de l’argent, et le spectacle-bénéfice de l’organisation est essentiel à sa survie et à sa croissance. Cette année encore, Yann Perreau en est le porte-parole et il montera sur scène en compagnie de plusieurs artistes, dont Chantal Archambault, Papagroove, Marco Calliari, Catherine Major, Marc Déry, Damien Robitaille ainsi que des élèves de Jeunes musiciens du monde. Dix ans, ça se fête!

 

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Jeunes musiciens du monde

Ceci n’est pas un violon

matthieu-petit-a-small par Matthieu Petit / 15 décembre 2011

Voir Estrie fait un clin d’oeil à Magritte et offre sa page frontispice à Jeunes musiciens du monde. Au-delà d’un événement-bénéfice, votre générosité est sollicitée.

Dans un café bondé, le journaliste que je suis ne trouve pas le tandem qui doit l’entretenir d’un concert pour Jeunes musiciens du monde (JMM) réunissant Caracol, David Goudreault,Crowfoot, Olivier Brousseau, Voluntad, Jaune et plusieurs autres. À quoi peuvent bien ressembler Alexandre de Grosbois-Garand de Genticorum (voir encadré) et Christine Fortin, flûtiste et ambassadrice sherbrookoise de JMM?

Heureusement, un contact visuel permet le début des échanges avec ces deux artistes qui mettent leur passion au profit d’une « mission »; on devine la voie humaniste plus valorisante que les feux de la rampe. D’ailleurs, c’est la cause, et non le concert, qui anime la discussion.

D’emblée, Christine nous raconte la petite épopée des fondateurs de JMM, deux Québécois, qui a débuté en Inde. En 2002, dans un quartier très fortement défavorisé, ils ont bricolé une école à leur image. Au coeur de l’enseignement destiné aux enfants de la rue: la musique. Après un an, les résultats furent éclatants. De retour au Québec avec le « concept » dans leurs valises, ils ont donné vie à une version québécoise de JMM (avec une forme parascolaire) tout en poursuivant leur travail en Inde.

Grâce à l’initiative de Christine Fortin (appuyée par Nicholas Williams, de Crowfoot), la cinquième école de JMM a vu le jour à Sherbrooke, en janvier 2011. Comme en Inde, à Montréal, à Québec et à Kitcisakik (en Abitibi-Témiscamingue), on y enseigne la musique traditionnelle aux enfants de milieux défavorisés. « L’école au Témiscamingue est fréquentée par de jeunes Amérindiens, explique Christine. La musique y est donc algonquine, avec le tambour. À Sherbrooke, on est dans Ascot, un quartier multiethnique. On utilise cette richesse. On est ouverts sur les autres musiques du monde, mais on enseigne surtout ce qu’on connaît bien! » Tous les professeurs de JMM sont des musiciens professionnels. « On offre un enseignement de très haute qualité et on y tient. »

Le choix des musiques traditionnelles n’a rien de hasardeux, car il s’agit d’un langage propice aux échanges. « Avec le traditionnel, les jeunes sont tout de suite appelés à jouer avec les autres, suggère Alexandre. Partager la musique entre amis, c’est social. Ça apporte beaucoup à l’humain. Monter sur une scène, ça permet aussi aux jeunes d’obtenir un sentiment de fierté et d’accomplissement. Ça montre aussi que pour avoir du plaisir, on n’a pas besoin de plein de bébelles. C’est sûr que ça prend des instruments, mais c’est la simplicité du geste musical qui importe. »

Si les preuves de l’impact de JMM dans le quartier d’Ascot restent à faire, on peut déjà supposer que la persévérance scolaire des jeunes participants sera ragaillardie. « La musique peut être un outil pour contrer le décrochage scolaire, confirme le musicien. Ça stimule l’attention, la mémoire, l’écoute… Et ça, on s’en sert dans tout! »

LE COÛT DE LA GRATUITÉ

Autre constance des Jeunes musiciens du monde: les cours sont offerts gratuitement. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, la gratuité a toujours un coût. Bien que l’école ait reçu plusieurs dons d’instruments, la recherche de contributions en argent sonnant constitue la nouvelle ruée. « On n’a pas encore d’aide récurrente, déplore Christine Fortin. Dans le meilleur des mondes, on serait subventionnés à 100% et on n’aurait pas de liste d’attente… »

Présentement, JMM Sherbrooke compte 75 petits musiciens et une année de fonctionnement nécessite environ 50 000$. « Ce serait beaucoup plus sans l’aide de Famille Espoir. L’organisme nous accueille en ses murs. C’est notre résidence, et ça ne nous coûte rien. On bénéficie aussi de ses services, notamment les travailleuses sociales. Quand on entend parler d’un cas d’intimidation, disons qu’on est bien conseillés! »

Et les Sherbrookois sont bien chanceux d’avoir leur faction de JMM.